Les thériaques: indications thérapeutiques

Par Alain TOUIZER, le 03 mars 2016 à 05h00 dans LES THERIAQUES | 0 commentaire
La Thériaque est un électuaire, c'est-à-dire un médicament administré par voie orale, composé de très nombreuses substances dures pulvérisées, mêlées à des produits tels que du miel, du sirop ou du vin, lui conférant une consistance molle.

Les origines de la Thériaque**


> Il faut remonter au II° siècle avant notre ère, c'est-à-dire il y a 2000 ans, à une époque où vivait à Colophon, en Ionie, un médecin-poète, Nicandre, auteur d’un poème intitulé "Ta Theriaca", qui était un traité sur les morsures de bêtes sauvages, particulièrement les serpents et animaux venimeux, sur les précautions à prendre pour les éviter, et sur les remèdes propres à les guérir.


> En effet, en grec ancien, « Therion », c’est la vipère, le serpent, et, par extension, c’est le poison en général, car la lutte contre les poisons était le but initial de ladite Thériaque, renfermant déjà des produits qui paraissent bien fantaisistes, comme la poudre de vipère, la lie de vin séchée, ou la poudre de testicule de cerf…


> Au siècle suivant, en 65 avant JC, Mithridate, roi du Pont, craignant toujours d’être empoisonné, composa le contrepoison qui conservera son nom, le Mithridate, renfermant 46 substances, notamment de l’opium et des herbes aromatiques.


> Et c’est Criton, le médecin de Trajan, qui donnera le nom de Thériaque à cet électuaire, entretemps complété à 71 substances par Andromaque, médecin de Néron, avant que Galien, qui tenait encore officine sur la Voie sacrée, ne lui donna l’élan qui devait lui permettre de traverser encore 18 siècles.


> L’évolution de sa formule jusqu’en 1895


> …Car il n’y a pas qu’une formule de la Thériaque mais une multitude de formules, simultanées ou successives, dont je vous fais grâce!


> Par exemple, aux siècles où la Thériaque était reine, les XVIIème et XVIIIème siècles, il s’y trouvait plusieurs groupes de poudres, les unes purgatives (aloès et rhubarbe), fébrifuges (valériane), antiseptiques (cannelle, poivre, gingembre), fortifiants (lavande, menthe), des aliments, comme les semences de lentilles et de navets, des stimulants à l’odeur agréable (myrrhe et encens) et surtout de l’opium en quantité non négligeable, aux propriétés sédatives et calmantes (voir élixir parégorique actuel).


> En dehors des végétaux, on y incorporait de la terre sigillée, du bitume de Judée, du sulfate de fer, mais aussi du castoréum et, bien sûr, des vipères desséchées; longtemps considérées comme l’ingrédient principal, on faisait des vipères un antidote contre tous les poisons, en application anticipée de la célèbre formule homéopathique « Similia similibus curantur ».


> Mais il y eu d’innombrables variantes, locales et régionales, je pense :
  • aux Thériaques de Venise, de réputation mondiale
  • à la Thériaque de Strasbourg, dite Thériaque Céleste
  • au Polycreste de Poitiers, destiné à combattre la peste, en 1605
  • à l’Orviétan, tel qu’il figure, par exemple, dans la Pharmacopée royale de Moyse Charas en 1676**
  • aux « triacles, falsifications de la Thériaque vendues à prix réduits, sur les marchés de province, par les « triacleurs », pouvant se réduire à « du miel jaune fondu, dans lequel il entre quantités de méchantes racines, pourries, gâtées, et vermoulues ».
> Il y eut aussi la Thériaque Réformée qui ne traduit pas du tout son origine protestante, mais une variante créée, me semble-t-il, par Baumé vers 1780, et ne comportant pas plus de 20 substances! Etaient-elles vraiment actives? Car dès la fin du XVIIIème siècle, Vitet, dans sa célèbre Pharmacopée de Lyon de 1778, concluait déjà, sans appel:


> « …vous aurez la Thériaque, que les modernes ont réformé…sans pouvoir en faire un remède utile ! »
> Et au XIXème siècle, l’unanimité se fit peu à peu contre la Thériaque, et son injustifiable caractère poly pharmaceutique.


> La persistance de sa formule jusqu’au Codex de 1884, avec 52 composants, dont un excipient formé de térébenthine, de miel, de vin de grenache, cette persistance, dis-je, doit plutôt être considérée comme une manifestation de respect pour les traditions, que comme une reconnaissance de sa valeur thérapeutique.


> Qualifiée, dès 1850, de « chaos infâme », de « chef d’œuvre d’empirisme », la Thériaque mourut de sa bonne mort à la fin du siècle dernier (XIX°), ne subsistant plus que par les splendides vases portant son nom! Sic transit gloria mundi…  

Ses indications thérapeutiques

> En effet, quelles pouvaient bien être les réelles indications thérapeutiques de la Thériaque ?

> Deux actions pouvaient réellement découler de l’administration orale de la Thériaque :
  • une action antispasmodique, due à l’opium (4 grammes de la Thériaque du Codex de 1886 représentait 0,05 gramme d’opium brut)
  • une action antiseptique intestinale, due à des drogues à essence (cannelle, girofle, origan, lavande…)