Arrêtons d'avaler n'importe quoi!

Par Alain TOUIZER, le 31 janv 2015 à 06h00 dans GENERALE | 0 commentaire
Ce n'est pas moi qui contesterai le fait que le bio est un critère premier dans l’alimentation pour quiconque veut prendre soin de sa santé. Mais cela n'empêche pas de se poser des questions sur son intérêt dans le complément alimentaire. Et pour avoir un peu étudié la question, je peux vous dire que c’est le dernier critère que vous devez prendre en compte si vous avez à choisir un produit !

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. C’est le dernier critère, certes, mais c’est un critère quand même, et important : pas question d’avaler des résidus chimiques en voulant se faire du bien ! Ce que je veux dire, c’est que ce n’est pas parce qu’un complément alimentaire est bio qu’il est bon, et inversement : un produit non bio mais bien fait et contenant des plantes issues d’un milieu sauvage peut être bien plus sûr et bien plus efficace…

Conseils ALJOIMOUR :

>  Attention ! Les magasins bio sont aussi commerçants que les autres… à prendre trop de choses vous perturbez  votre organisme.

> Une vie saine, nourriture équilibrée,  exercices (marche à pieds, natation, un peu de sport, le vélo....), jouer avec vos enfants, vous seront bien plus bénéfique que de vous bourrer de compléments alimentaires, retirer vaut mieux que d'ajouter.

> Quelques conseils pour une meilleure hygiène de vie...

Alain TOUIZER

Naturopathie à La Réunion



ARRÉTONS D'AVALER N'IMPORTE QUOI !

En matière de compléments alimentaires, on trouve désormais dans les pharmacies, dans les supermarchés, sur internet et dans les catalogues de vente par correspondance, des milliers de compléments alimentaires différents. Pour le consommateur, le choix est d'autrant plus difficile que l'on constate parfois des différences de prix considérables.

Le ginseng, par exemple, peut voir son prix varier de 1 à 10 et, logiquement, le consommateur va souvent préférer le produit qui coûte le moins cher sans comprendre qu'il achète le plus souvent un produit sous-dosé, de mauvaise qualité et donc totalement inefficace.

Comment faire le tri ? Quels sont les critères qui doivent présider à votre choix ? Nous recevons de nombreuses questions sur ce sujet et je vais tenter ici d'éclairer votre lanterne.

Le bio n'est certainement pas un bon critère

Ce n'est pas moi qui contesterai le fait que le bio est un critère premier dans l’alimentation pour quiconque veut prendre soin de sa santé. Mais cela n'empêche pas de se poser des questions sur son intérêt dans le complément alimentaire. Et pour avoir un peu étudié la question, je peux vous dire que c’est le dernier critère que vous devez prendre en compte si vous avez à choisir un produit !

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. C’est le dernier critère, certes, mais c’est un critère quand même, et important : pas question d’avaler des résidus chimiques en voulant se faire du bien ! Ce que je veux dire, c’est que ce n’est pas parce qu’un complément alimentaire est bio qu’il est bon, et inversement : un produit non bio mais bien fait et contenant des plantes issues d’un milieu sauvage peut être bien plus sûr et bien plus efficace…

Huiles essentielles : mieux que le bio… le sauvage

C’est particulièrement vrai pour les huiles essentielles. Le plus important est d’utiliser des plantes sauvages, qui ont poussé dans leur biotope naturel. Si elles sont bio, tant mieux, mais elles ne le sont pas toujours. Alors on va me dire qu’il y a déjà une forte demande, que certaines plantes sont en voie de disparition dans leurs régions d’origine, que cela demande beaucoup de main-d’œuvre et de travail… Oui, c’est vrai, c’est là un casse-tête pour les entreprises du secteur mais ce qui nous intéresse, c’est l’intérêt de l’utilisateur en terme de santé.

Prenons l’exemple de l’Helicrysum italicum, l’hélicryse ou Immortelle : on sait que la seule qui soit vraiment efficace ne pousse chez nous qu’en Corse, à une certaine altitude. C’est ainsi qu’elle développe des molécules bien précises. Cette plante, cultivée à basse altitude et dans des conditions bio, ne sera pas la même.

Elle aura perdu beaucoup de ses principes actifs. Elle ne pousse pas par hasard dans des conditions sauvages, en altitude, sur un certain type de sol, avec un ensoleillement bien particulier, bref dans un certain biotope !
En bio, il est très difficile d’obtenir le même résultat au niveau moléculaire. Même si l’on retrouve des Italidiones, molécules typiques de l’hélicryse, le résultat de la distillation ne sera chimiquement pas le même. Au point qu’un bon nez peut facilement reconnaître une hélycrise issue de culture sauvage d’une hélycrise bio. On comprend mieux pourquoi certains vendent le petit flacon d’hélycrise à 48 euros quand d’autres vous l’offrent à 16 euros en bio…

Les plantes « cryobroyées » : c'est toute la plante en gélule

La forme galénique désigne la forme individuelle sous laquelle sont assemblés les principes actifs et les excipients (matières inactives) pour constituer un complément alimentaire (ou un médicament). Elle correspond à l’aspect physique final du produit tel qu’il sera utilisé : comprimés, gélules, sachets, suspensions, etc.

La forme galénique est primordiale car c’est elle qui détermine comment, in fine, une plante sera absorbée par votre organisme. Car à quoi bon avoir un champ bio, si la plante, finalement, finit directement dans vos selles ?

La forme galénique la plus simple, et la plus économique, donc la plus répandue, consiste à réduire la plante en poudre. A la microniser. Pour cela, on effectue un cryobroyage, un broyage à froid (sous azote liquide) des parties actives de la plante sèche. Au final, on obtient ainsi un totum de la plante, c’est-à-dire que l’intégrité moléculaire de la plante est préservée. Il ne s’agit donc pas d’un extrait mais de la plante avec son génome, son alchimie à la fois complexe et cohérente, le tout mis en gélule ou en comprimé.

Cela dit, il ne faut pas exagérer sur les vertus du totum, censé, selon certains frabricants, offrir « une biodisponibilité totale». Il vaut mieux absorber toute la plante qu'une molécule isolée, c'est sûr,  mais aucune étude ne met en évidence la biodisponibilité totale du totum.

Au contraire, selon les rares études qui ont pu être menées par les fabricants eux-mêmes, études par nature confidentielles, on estime que 50% des principes actifs, sous cette forme, ne sont pas absorbés par l’organisme. Pourquoi ? A cause des fibres insolubles et notamment de la cellulose et de la lignine contenues dans ces plantes. Mais 50%, c'est déjà bien, et le totum a plus de chances de contrer d'éventuels effets secondaires nocifs que la molécule absorbée isolément.

Des valeurs sûres : les utilisations traditionnelles

Les principes actifs sont par nature prisonniers de la cellulose contenue dans les plantes. Ils doivent donc en être libérés pour être utilisés par notre corps.

On distingue deux grandes catégories de principes actifs :
- Les hydrosolubles : ils sont solubles dans l’eau et on les extrait traditionnellement sous la forme de tisanes et de décoctions.
- Les liposolubles : ils sont solubles dans l’alcool et on les retrouve dans les teintures à base d’alcool.

Ces méthodes n’entraînent qu’une faible perte de principes actifs. On peut donc faire confiance à ces produits. Reste que la méthode basée sur l’extraction à l’alcool ne convient pas à tout le monde : enfants, femmes enceintes ou allaitantes ne peuvent utiliser ces produits, comme les personnes souffrant de problèmes hépatiques par exemple.

Les travers des méthodes industrielles

Pour aller plus loin, on a donc développé les poudres. On les a d’abord utilisées séchées, puis torréfiées, avant de les réduire en poudre. Puis on a développé les méthodes de lyophilisation (séchage à basse température) et de cryobroyage. Ces fabrications simples et économiques permettent aux fabricants de faire des bénéfices substantiels mais ne sont pas sans inconvénients pour les utilisateurs.

- D’abord, comme on l’a vu, parce que les fibres contenues dans la plante empêchent notre corps d’assimiler tous les principes actifs.
- Ensuite parce que la plante peut aussi contenir des molécules potentiellement toxiques. Or dans le totum, il y a tout : le plus comme le moins. Rien n’est tout bon ou tout mauvais…

C’est là un aspect très controversé et sujet à polémique mais la plupart des plantes présentent aussi des inconvénients, surtout consommées en quantité. Par exemple, pour ce qui concerne l’Echinacéa angustifolia, certains herboristes ont remarqué qu’elle pouvait être la cause de quelques malaises, au niveau de l’estomac. Un inconvénient qui disparaît lorsqu’il y a une meilleure dilution (comme dans la tisane).

Il faut le savoir, la plante en poudre n’est pas la panacée. On ne peut accepter benoitement l’argument selon lequel le totum est forcément la meilleure des solutions. Ça, c’est à chacun d’en juger, en testant le produit, et en tenant compte du fait que l’effet ressenti peut être variable d’une personne à l’autre selon sa propre physiologie…


Le nec plus ultra : l’extraction hydro-alcoolique

De plus en plus de fabricants développent aujourd’hui une nouvelle méthode d’extraction permettant à la fois d’offrir tous les principes actifs de la plante (en dégradant la cellulose qui les emprisonne), et d’éliminer les substances indésirables. Ce procédé s’appelle l’extraction hydro-alcoolique.

Plus difficile à réaliser que les précédentes, elle consiste à utiliser un procédé d’évaporation de l’extraction sous forme liquide, qui contient de l’alcool. Le mieux est l’évaporation douce, qui élimine eau et alcool sans chauffage excessif, jusqu’à obtenir un liquide très concentré, presque pâteux. Le procédé est onéreux mais gage de qualité pour l’utilisateur. Les laboratoires les plus avancés déterminent les concentrations nécessaires pour que la plante fournisse l’effet désiré, la concentration de principes actifs variant d’une plante à l’autre.

Les microbilles passent la barrière digestive

Certains labos vont plus loin encore en proposant les plantes sous forme de microbilles.

Késaco ? En fait, ces labos incorporent la pâte de principes actifs obtenue par extraction hydro-alcoolique à des microbilles de cellulose (son de blé par exemple). A la différence des habituelles gélules végétales, qui ne libèrent on l’a vu, que 50 à 70% des actifs (au mieux), ces microbilles restituent l’intégralité des principes actifs, qui pénètrent rapidement le système sanguin, et sont complètement biodisponibles.


Le relargage-retard : pour atteindre l’intestin

Un autre problème des compléments alimentaires est que la durée de vie des principes actifs ne dépasse pas 2 heures dans l’organisme, le temps qu’il faut pour qu’ils soient en partie éliminés dans les urines. Or l’utilisation des microbilles ou simplement d’enveloppes de son de blé va souvent de pair avec le relargage-retard : on enrobe celles-ci d’un produit non-toxique qui résiste au pH très acide de l’estomac (qui détruit les gélules classiques) mais se dissout deux heures plus tard dans les intestins. Cela permet donc d’augmenter la durée de présence des principes actifs dans l’organisme et d’améliorer leur efficacité.

Dans ce cas, il n’est plus nécessaire par exemple de prendre 2 gélules de la plante 3 fois par jour mais la moitié. Ce qui compense un peu le prix élevé (eh oui, la qualité se paie toujours !) de ces produits. On comprend mieux pourquoi la même boîte de Ginkgo biloba peut être à 50 euros chez un laboratoire et à 15 euros chez l’autre…


Le cas des produits américains…

Des laboratoires américains ou canadiens affichent justement des prix plus élevés à la hauteur de leurs exigences de qualité. Car ils utilisent ces technologies, entre autres. Alors vous me direz, est-ce justifié ? N’y a-t-il pas là d’autres risques ? On entend dire que les compléments alimentaires étrangers, américains notamment, sont parfois irradiés. Voilà un point bien difficile à vérifier. Tout ce que l’on sait, grâce à de récentes enquêtes, c’est que de 15 à 30% des compléments alimentaires commercialisés en Europe ont subi une irradiation. En France, c’est interdit, mais des produits irradiés circulent aussi.

Faute d’informations fiables, on privilégiera donc pour un même produit les laboratoires français, qui eux aussi savent faire de la qualité. Je ne citerai pas de noms mais vous les reconnaîtrez…


Des gélules pas chères, oui mais…

Sur le marché du complément alimentaire, force est de constater que l’on trouve plus souvent des produits bon marché et vendus au kilo ! Là comme ailleurs, les fabricants se livrent une guerre commerciale sans merci.

Attention cependant. Car le bon marché peut être doublement préjudiciable. En termes d’efficacité, c’est clair. Et financièrement, c’est à voir : sans un peu de technicité, en apparence onéreuse, ne vous fiez pas à la posologie indiquée sur les boîtes de gélules classiques. Comptez plutôt 1 gélule par 10 kg de poids pour un effet équivalent. Finalement, ce qui ne coûte pas cher le deviendra vite, avec des ballonnements en prime…